Je suis tombée sur les livres de Sylvain Tesson, complètement par hasard, dans la médiathèque de ma ville, dans la section récits de voyage.
Je ne connaissais pas cet auteur, j’étais très surprise de voir qu’il avait autant écrit sur ses voyages. Il m’était complètement inconnu, sans doute parce que j’ai assez peu lu de récits de voyage auparavant.

Bref, j’ai parcouru les titres disponibles rapidement et puis j’aimais bien le titre de celui-ci alors je l’ai pris avec moi.
Dans ce livre, Sylvain Tesson raconte le voyage qu’il a réalisé, principalement à vélo, de l’Ouzbékistan à la Turquie, en suivant des oléoducs.
Autant dire que cela n’est pas du tout le genre de voyage que je serais susceptible de réaliser, ce qui le rend d’autant plus intéressant : quelle est la motivation ? qu’est-ce qu’il a vécu ? qui a t’il rencontré ?
Le récit est un vrai dépaysement pour moi : je ne connais pas du tout cette région du globe autrement que sur des cartes lors de mes études, une connaissance très scolaire donc. Et le dynamisme de Sylvain Tesson, de son écriture, fait que je ne me suis pas ennuyée, c’est suffisamment varié et rythmé pour qu’on ne se lasse pas.
Devant ce décor, le fatalisme d’un ministre d’Eltsine, Tchernomyrdine, me revient à la mémoire. Un journaliste lui demandait de résumer son bilan. Réponse du ministre, si triste et tellement russe : « Nous avons voulu faire pour le mieux, mais cela a été comme d’habitude. »

Ce qui est dommage, c’est que les cartes en annexe sont absolument illisibles, sans doute du fait du format poche. Elles sont donc inutilisables et n’apportent rien au récit, car elles ne permettent pas de visualiser la route correctement.
L’autre chose qui m’a déplu, c’est qu’il y a régulièrement des propos qui ne sont pas alignés avec mes valeurs personnelles. Des jugements de peuples, de coutumes, religions ou autres qui ne me semblent ni intéressantes, ni importantes et encore moins justifiés.
Bakou, vieille traînée. Entre les jambes de sa baie grande ouverte, elle reçoit sans rien y redire tout ce qui vient du large – déchets, aventuriers, rafiots d’Iran, barcasses de pêcheurs d’esturgeon, flaques d’huile kazakhe et marins russes descendus d’Astrakhan pour se dorer la couenne.
Ce point m’a tellement rebutée que je ne relirai pas d’ouvrage de cet auteur.
La nostalgie est une paresse. Elle autorise à ne pas traquer dans l’époque des raisons de se réjouir. Elle permet de se contenter d’effeuiller les pages des grimoires au lieu d’écrire les propres lignes du temps présent. La nostalgie, fauteuil spongieux qui vous engloutit par le cul, comme si on s’asseyait dans une mangrove. Il est plus facile de cueillir des souvenirs dans le panier du passé que de ramasser les champignons du présent poussés à ses pieds. La nostalgie est un agent désénergisant. Une suceuse.

En résumé, Eloge de l’énergie vagabonde est une lecture en demi-teinte : autant le sujet était très intéressant, autant la forme ne me convient pas du tout.
Au moins, je sais à quoi m’en tenir maintenant !