Les cercueils de zinc – Sveltana Alexievitch

Les cercueils de zinc renfermaient, ou étaient sensés renfermer, les corps des militaires soviétiques, morts pendant la guerre d’Afghanistan (pour plus d’infos sur cette guerre, voici le lien vers la page Wikipédia qui lui est consacrée), lorsqu’ils étaient rapatriés auprès de leurs familles.

Photo de la couverture du livre de Sveltana Alexievitch intitulé Les cercueils de zinc. On y voit une photo de militaire avec un fusil mitrailleur.

Le livre comporte deux parties distinctes, la seconde ayant été rajoutée postérieurement à la première publication.

La première partie est un recueil de témoignages des personnes concernées par la guerre : les militaires ou aidants survivants (quel que soit leur poste, qu’iels soient revenuEs blesséEs ou non) et leurs proches (mères et épouses principalement).

Cette partie est assez dure parce qu’il y a peu voire pas de filtres sur les descriptions de combat, de situation de guerre ou de la douleur des proches, leur incompréhension et leur colère. L’autrice a rapporté les témoignages qu’elle a consigné, avec de rares commentaires et explications.

La seconde partie du livre est un recueil des plaintes dont l’autrice a été la cible suite à la publication du livre et à sa publicité. Ce recueil de plaintes est étayé par des coupures de presse, des comptes rendus d’audience et les résultats de jugement.

Cette partie permet d’apprécier les effets de l’endoctrinement et du totalitarisme : le livre a été publié après la fin de la guerre et certaines des plaintes sont déposées bien plus tard. L’URSS n’existe plus, il n’y a plus de risques pour les témoins et pourtant certainEs font des actions en justice par crainte des représailles (du Parti ou même de la société).

Photo de la quatrième de couverture du livre de Sveltana Alexievitch intitulé Les cercueils de zinc.  On peut notamment y lire le texte suivant :
Les cercueils de zinc, publié en 1989, est "un livre sur une guerre ignorée et cachée à son propre peuple - un livre sur la guerre des Soviétiques en Afghanistan. Les gens ne devinaient ce qui se passait qu'en voyant arriver, d'un pays inconnu, des cercueils de zinc..."
Pour l'écrire, Sveltana Alexievitch s'était rendue sur place avant d'enquêter pendant quatre ans dans ce qui s'appelait encore l'Union soviétique.
Ce sont les dernières années de cette guerre de dix ans qui sont ici évoquées. L'auteure donne à entendre la douleur des mères devant les cercueils contenant les restes de leurs fils, parfois trop grands pour entrer dans leur appartement, parfois lestés de terre pour faire le poids d'un corps sans membres. Sveltana Alexievitch a recueilli les témoignages des soldats, des épouses, des amies des soldats, des médecins, des infirmières, des pilotes d'hélicoptère...
Le livre paru, on ne lui pardonna pas d'avoir démoli le mythe du soldat soviétique accomplissant son devoir internationaliste - la télévision le présentait en train de planter des pommiers alors qu'en réalité il lançait des grenades dans des maisons où s'étaient réfugiés des femmes et des enfants ou bombardait un village.
Après une campagne orchestrée pour gêner la diffusion de l'ouvrage, un procès fut intenté à l'auteure, à Minsk, en 1992, où des témoins cités dans le livre furent obligés de se récuser.
Il reste que cette guerre déclenchée par Léonid Brejnev a été le tombeau de l'Union soviétique, et a fait de l'Afghanistan le futur berceau d'Al-Qaida.

Le livre est intéressant, il permet de bien appréhender les différents points de vue concernant cette guerre de l’ex bloc soviétique, que ce soit celui des ancienNEs personnes présentes là bas ou de leurs proches, et de la fracture entre celleux qui se sentent floués par le Parti, celleux qui pensent que cette guerre était juste, etc.

Je ne connaissais pas cette guerre, j’ai donc appris beaucoup de choses grâce à ce livre. Ce n’est pas une lecture facile, c’est une lecture qui permet de se poser des questions et d’envisager une situation selon des points de vue différents. C’est un livre qui permet aussi de mieux comprendre le totalitarisme soviétique et les manipulations de l’opinion.

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